L’énigme de l’Archéologue – Extrait 1

Gaspard remontait tout juste de la cave avec une bouteille de whiskey quand l’air ambiant se chargea d’ozone. Peter et Alan, les sens en alerte se levèrent d’un bond. Une odeur d’humus inonda la pièce et une brume pâle et verdâtre glissa sur le plancher de  bois. Plusieurs silhouettes parfaites, ombres délicieuses, apparurent et entamèrent une danse lascive aux sons des tambours. La symphonie tribale éveilla les corps et les esprits. Gaspard laissa tomber la bouteille d’alcool en un fracas retentissant et tenta de s’approcher de l’une des jeunes femmes. Le rythme des tambours s’accentua, l’odeur encore faible jusqu’alors pris les trois hommes à la gorge. Ça sentait l’humidité, les arbres, ça sentait la jungle. Le sang de reporter chevronné de Peter ne fit qu’un tour.

– Attention mes amis, ce me semble être l’Amazonie… Cette odeur… Je ne peux me tromper. Reculez! Peut-être sont-ce les bien connues amantes cannibales!

Alan ne bougea pas, sa main se positionnant sur son holster. Gaspard recula. Les corps des femmes disparurent comme soufflés par la déclaration de Peter Coffin. Une autre silhouette, plus grande, plus claire, apparut alors au centre de la pièce. Bon sang ! Il s’agissait bien de William Baxter, l’illustre archéologue et mentor d’Alan.

– Monsieur Baxter ! C’est Alan, Alan Arthur, votre élève !

– N’approche pas petit ! hurla la silhouette en tombant au sol.

L’ombre fut parcourue de rais de lumière verte. Le corps semblait incandescent, irradiant d’une terrible force primitive. Le cri de douleur atroce du vieil archéologue vrilla les tympans de nos héros, qui, courageusement, ne détournèrent pas le regard une seconde. Ils eurent tout le loisir de voir William, image même de l’horreur, se faire fendre le crâne par quelque obscure magie. Une lueur olivâtre suintait comme du pus du trou béant de la tête du pauvre fantôme de fumée. Dans un crissement inhumain, la vision disparut, laissant nos trois jeunes hommes sur le qui-vive.