Le Signe Annonciateur – Extraits

[…] La lumière diffuse frappa son visage et Betty hurla à la vue de la gueule pleine de crocs qu’Evan arborait maintenant. La bave dégoulinant sur la partie inférieure de sa mâchoire semblait luire d’une aura verte et une odeur de corps pourrissant remplit la pièce quand il grogna des borborygmes secs et claquants. « Betty qu’y a-t-il ?! »
Il n’y avait plus rien, seulement Evan. Il s’était approché et son visage ravissant, éclairé par la lampe de chevet n’avait plus rien d’effrayant. Il embrassa sa femme sanglotante et se rallongea. Tendant le bras pour éteindre la lumière, sa main passa par le rayon verdâtre que la comète projetait dans leur chambre. La patte griffue et poilue se saisit de l’interrupteur et appuya sur le bouton. A la vue de cet autre cauchemar, Betty s’évanouit, sans un bruit.[…]

Elle préparait le dîner depuis plusieurs heures maintenant. Les assiettes étaient prêtes, les couverts bien disposés, la citronnade sur la table. Les tranches d’agrumes dansaient dans la carafe et Maggy ne pouvait s’empêcher de les regarder s’entrechoquer doucement. L’atmosphère était lourde depuis que la comète était apparue, ce dîner de fête leur ferait à tous du bien. Les enfants étaient rentrés tôt de l’école, ils cherchaient Toby dans le jardin. Il avait encore du s’enfuir, suivant une chienne en chaleur. Tom ne tarderait plus à rentrer. Elle plia les serviettes de table, attendant que la minuterie du four retentisse. Tom passa la porte, posa son attaché-case sur le divan et alors que le carillon sonnait dix-neuf heures appela ses enfants par la fenêtre donnant sur le jardin. Maggy sorti le rôti du four, le posa au centre de la table et rayonnante attendit de voir la réaction de sa petite famille, à la vue du dîner du 4 juillet. Sa fille entra le sourire aux lèvres, hurla et pleura, avant de se jeter dans les jambes de son père. Tom passa devant sa fille, la poussant dans le couloir, il gifla Maggy si fort qu’elle se cogna la tête dans le coin d’un meuble.

Quand elle émergea enfin, la nuit était tombée, aucun bruit ne rythmait la maison. Les lumières étaient éteintes. Elle se releva, la tête douloureuse, Tom lui avait ouvert la lèvre, elle était pleine de sang. La Ford n’était plus dans l’allée de la maison. Elle se précipita dans la chambre des enfants mais ne vit que des commodes et des placards vides. Ils étaient partis, tous les trois, la laissant évanouie dans la cuisine. Elle se débarbouilla dans la salle de bain et redescendit pour boire et verre d’eau et téléphoner à sa belle-mère. Peut-être avait-elle recueilli son mari et ses enfants. Elle alluma la lumière et fut terrassée par la nausée. Entre deux spasmes, les pieds dans son propre vomi, elle ne pouvait détourner les yeux de la tête de Toby, rôtie à point, au milieu de la table. […]

[…] et à travers la fenêtre ainsi créée, il contemplait la destruction de l’Humanité et de son avenir. il avait vu le pouvoir qui en serait la cause, et qui fut la cause de bien des changements dans les temps anciens. Grâce à ce pouvoir, il avait pu ralentir la comète à l’origine de ce désastre à venir, espérant la stopper définitivement. Une fois cette créature prisonnière, sa magie pourrait leur éviter la destruction qui leur était annoncée. […]

L’énigme de l’Archéologue – Extrait 1

Gaspard remontait tout juste de la cave avec une bouteille de whiskey quand l’air ambiant se chargea d’ozone. Peter et Alan, les sens en alerte se levèrent d’un bond. Une odeur d’humus inonda la pièce et une brume pâle et verdâtre glissa sur le plancher de  bois. Plusieurs silhouettes parfaites, ombres délicieuses, apparurent et entamèrent une danse lascive aux sons des tambours. La symphonie tribale éveilla les corps et les esprits. Gaspard laissa tomber la bouteille d’alcool en un fracas retentissant et tenta de s’approcher de l’une des jeunes femmes. Le rythme des tambours s’accentua, l’odeur encore faible jusqu’alors pris les trois hommes à la gorge. Ça sentait l’humidité, les arbres, ça sentait la jungle. Le sang de reporter chevronné de Peter ne fit qu’un tour.

– Attention mes amis, ce me semble être l’Amazonie… Cette odeur… Je ne peux me tromper. Reculez! Peut-être sont-ce les bien connues amantes cannibales!

Alan ne bougea pas, sa main se positionnant sur son holster. Gaspard recula. Les corps des femmes disparurent comme soufflés par la déclaration de Peter Coffin. Une autre silhouette, plus grande, plus claire, apparut alors au centre de la pièce. Bon sang ! Il s’agissait bien de William Baxter, l’illustre archéologue et mentor d’Alan.

– Monsieur Baxter ! C’est Alan, Alan Arthur, votre élève !

– N’approche pas petit ! hurla la silhouette en tombant au sol.

L’ombre fut parcourue de rais de lumière verte. Le corps semblait incandescent, irradiant d’une terrible force primitive. Le cri de douleur atroce du vieil archéologue vrilla les tympans de nos héros, qui, courageusement, ne détournèrent pas le regard une seconde. Ils eurent tout le loisir de voir William, image même de l’horreur, se faire fendre le crâne par quelque obscure magie. Une lueur olivâtre suintait comme du pus du trou béant de la tête du pauvre fantôme de fumée. Dans un crissement inhumain, la vision disparut, laissant nos trois jeunes hommes sur le qui-vive.